Attendre , encore et toujours.
Des promesses, toujours des promesses.
Il est un certain nombre d’avancées techniques et technologiques (voir même scientifiques) qu’on nous promet depuis des années mais que l’on ne voit toujours pas concrètement en application chez nous.
D’un coté on subit un renouvellement technologique presque trop rapide, à peine a-t-on le temps de profiter de quelque chose de « fantastique » que l’on nous vend mieux pour le même prix, voir moins cher. Je pense par exemple à l’arrivée des formats HD en terme de disques optiques. Le DVD a à peine fini de s’imposer que déjà ils veulent nous le remplacer, et nous faire acheter de nouveaux appareils. De même dans nos PC, prenons l’exemple du PCI-Express (remplaçant le PCI et l’AGP). Ce dernier est toujours en pleine progression, loin d’être majoritaire, il souffre d’un usage relativement limité car ne profitant réellement qu’aux cartes vidéos, les cartes autres au format PCI-E sont encore rares comparé aux cartes PCI (cartes son, cartes contrôleurs, cartes TV, etc.). Et pourtant le PCI-Express dans sa version 2.0 commence à équiper les nouvelles machines d’aujourd’hui (heureusement il est rétro compatible PCI-E 1.0).
Mais tout cela ne doit pas cacher le fait qu’à côté on nous promets des révolutions technologiques depuis quelques temps et qui finalement ont bien du mal à pointer le bout de leur nez.
Petit guide l’artésienne (non)-illustré
Prenons un exemple simple : les écrans type OLED (Organic Light Emitting Display) censés remplacer les écrans LCD en n’ayant que des avantages et des coûts similaires voir moindre.
Cela fait maintenant quelques années qu’on nous promet de l’OLED partout et pour tous, or force est de constater que pour l’instant l’écran OLED se cantonne à quelques baladeurs MP3 et autres appareils photos numériques.
Le premier brevet concernant l’OLED date de 1987 (par Kodak), le premier produit commercial arrivant dix ans plus tard. Depuis la progression n’aura pas été fulgurante, nous sommes en 2007, soit 20 ans après les débuts de cette technologie et 10 ans après le premier produit, et l’OLED est loin d’avoir remplacé les écrans LCD, au contraire.
A la base on nous disait que 2006 (voir même 2005 chez les plus optimistes) serait l’année où les écrans OLED commenceraient à remplacer le LCD sur les étalages des magasins. On en est encore (très) loin étant donné qu’aucun écran digne de ce nom n’est encore commercialisé. Tout au plus avons nous eu droit à quelques prototypes, tels que le dernier en date chez Sony lors du CES 2007. Encore une fois on nous avance que l’on est proche de la commercialisation. Mais l’écran le prototype en question n’est qu’un 27 pouces (68cm), autant dire qu’on est loin des records en la matière coté LCD et Plasma (108″ pour le plus grands LCD à l’heure où j’écris ces lignes!).
Pourtant sur le papier l’OLED ne peut que suppléer le LCD, car il lui est supérieur dans quasiment tous les domaines. Mieux il serait même moins cher à fabriquer (cela n’empêchera pas que les premiers à être vendus seront plus chers, ne nous leurrons pas), et ne nécessite pas de revoir l’outil industriel en place. Alors quoi ?
Alors il se trouve que tout simplement les industriels ont du mal à stabiliser le produit, stabiliser dans le sens où sa durée de vie est deux à cinq fois inférieure à celle d’un écran LCD. Par extension, plus la dalle sera grande plus il sera difficile d’obtenir une durée de vie acceptable. c’est pourquoi on retrouve de l’OLED sur les petits écrans type baladeurs MP3, APN etc. …
Gageons qu’ils finiront bien par trouver les techniques pour nous proposer rapidement des écrans de qualité et enfin capables de faire mieux que le LCD (qui ne m’a jamais attiré, pas plus que le plasma)… Mais il va encore falloir attendre pour cela, même si on peut espérer voir quelqu’un chose de concret pointer le bout de son pixel encore cette année.
Il n’y a pas que l’OLED
Il y a aussi le SED. Mais là c’est c’est presque risible.
Là aussi, technologie connue depuis plus de vingt ans (1986), ce n’est que depuis 2003 que les industriels ont réellement commencer à porter leurs efforts sur son développement.
Le caractère risible tient dans le fait que les retards que l’on connaît aujourd’hui sont causés par des batailles de chiffonniers quant aux droits d’exploitation de cette technologie. Canon et Toshiba s’étaient associés, or Canon exploite une licence acheté à la firme Nano-Proprietary en 1999. Cette licence ne concerne pas Toshiba, après bataille juridique Toshiba s’est tout simplement retiré de l’affaire en ce début 2007. Canon se retrouve donc seul à développer le produit, les usines etc. Problème, la séparation ne semble pas suffire à Nano-Proprietary qui considère qu’il y a eu préjudice sur une période de plus d’un an et demi (après que Canon ait été averti qui violait l’accord de la licence).
Pourtant il y a moins d’un an Canon-Toshiba annonçait la construction d’une usine capable de produire 75 000 dalles et les premières livraisons fin 2007.
Au final Nano-Proprietary aurait retiré la licence à Canon, il n’y a donc plus de grand groupe industriel sur le coup … le SED est en stand-by jusqu’à nouvel ordre.
Pire, il se dit que Samsung serait intéressé par la licence en question. Pire? Pourquoi pire? Tout simplement parce que Samsung est le premier fabricant de dalles LCD au monde (leurs dalles équipent par exemple les écrans Sony), et premier vendeur de TV. Étant donné les investissements fait dans les dernières générations de LCD, on imagine mal un tel fabricant miser sur une technologie vouée à remplacer avantageusement ce type de dalle. Donc si cela devait se faire il y a forte à parier que le SED reste lettre morte pour quelques temps, jusqu’à ce qu’ils décident que le LCD aura fait sont temps.
Sauf si vraiment ils y croient vraiment et veulent avoir une longueur d’avance sur tout le monde.
De toute évidence il y a aujourd’hui peut de chance que l’on voit arriver des écrans SED avant la fin de l’année.
Sortir des labos … pas évident.
Jusque là on parlait de choses relativement concrètes, aussi proches de nous, qui concernent des produits communs dont l’industrialisation n’est qu’une question de temps à court et moyen terme. Ce sont des technologies qui ont réussi une étape difficile : passer de l’état d’expérience dans un laboratoire à celui de produit industriel.
Bien souvent les laboratoires de R&D (Recherche et Développement), font des découvertes fabuleuses, mais dont les applications concrètes sont loin d’être évidentes sur le moment. Le processus est alors très long pour sortir un produit fini, industrialisé.
Le plus gros buzz (si on peut utiliser ce terme propre à l’univers du marketing) du moment vient des nanotechnologies et en particulier les nanotubes. Issus de recherches en physique/chimie moléculaire, ce sont des molécules de carbones aboutissant à des matériaux aux propriétés physiques impressionnantes. Que ce soit part leur solidité, leur capacité de conduction d’un courant électrique ou bien d’autres choses, les nanotubes suscitent les espoirs les plus fous.
Résultat on nous promet des applications dans tous les domaines (matériaux « indestructibles » mais flexibles et légers, semi-conducteurs révolutionnaires, batteries du troisième millénaire, etc).
Problème: les nanotubes ça fait quelques années que les labo sont capables d’en faire, et il se passe rarement plusieurs semaines sans qu’une nouvelle applications possible soit découverte. Et pourtant le nanotube a énormément de mal à sortir des labos. De toute évidence l’étape de l’industrialisation et de la production à grande échelle est (très) loin d’être une réalité. Espérons que ce jour viendra et que cela ne restera pas juste une curiosité de laboratoire, tant cette technologie est prometteuse. Gageons qu’une fois le processus amorcé, cela enclenchera une évolution majeure dans ce que la technologie moderne peut apporter à l’Homme.
Mais quand personne n’est d’accord on fait comment ?
Il existe encore un autre moyen de ralentir l’arrivée d’une technologie: Laisser un groupe de personne décider du sort de telle ou telle technologie et vous verrez qu’il y a de fortes chances qu’elle n’arrive jamais!
Et là je pense au successeur tant attendu du « vrai » remplaçant du Wi-Fi, ou plutôt de sa dernière évolution. Ce qu’on connaît aujourd’hui sous le nom commercial de Wi-Fi regroupe en fait plusieurs standards définis par le groupe IEEE chargé de la standardisation des méthodes de communications telles que Ethernet (le réseau filaire tel qu’on le connaît tous), le Wifi ou d’autres.
Le Wifi aujourd’hui c’est principalement les standards IEEE 802.11a, 802.11b et 802.11g. Le 802.11a est peu répandu chez nous du fait de l’usage des fréquences autour des 5Ghz qui sont encore très réglementées (chez nous) et aux portées plus faibles. 802.11b et g utilisent les fréquences du 2.4Ghz et sont rétro-compatibles (le matos 802.11g peut communiquer avec du matos 802.11b), mais sont limités aux débits théoriques respectifs de 11Mbit/s et 54Mbit/s.
Pour vraiment satisfaire les amateurs de gros débits mais ne voulant pas de câble chez eux, le groupe IEEE a lancé l’étude du 802.11n il y a… longtemps… très longtemps … trop longtemps! L’étude a été lancée en 2004, avec pour objectif une mise sur les marché des premiers produit fin 2006 au plus tard.
Nous sommes en 2008 et toujours aucun produit répondant au standard 802.11n, et pour cause, ce dernier n’est toujours pas finalisé.
Beaucoup de tergiversations ont eu lieu en 2005 et 2006, sur les choix techniques (comme par ex. l’usage des techniques dites MIMO). Ceci ayant entraîné le retard que l’on connaît. Aujourd’hui on sait que le Draft (Draft = Brouillon) 3.02 a été validé en janvier dernier.
Mais le marathon est loin d’être fini. En automne dernier on apprend que le groupe CSIRO possède certains brevets exploités dans les standards Wifi (certaines procédures sont en cours concernant les 802.11a et g), particulièrement dans le futur 802.11n.
Le groupe IEEE a demandé une assurance de neutralité à CSIRO, ce qui éviterai toute procédure envers les fabricants de matériel Wifi 802.11n. Mais cette demande est toujours sans suite, certainement du fait des procédures actuelles. Donc tant que ce problème ne sera pas réglé on ne peut pas imaginer le groupe IEEE valider la version finale du standard, alors que celle-ci est prévue pour juin de cette année.
La suite au prochain numéro…
On pourrais en faire plein d’autres comme ça
Les exemples ne manquent pas, en cherchant un peu on en aurait une multitude du même acabit. Heureusement que ça n’empêche pas les technologies d’évoluer malgré tout, et ce de plus en plus vite. Il est juste frustrant de constater que beaucoup de technologies qui pourraient apporter un réel plus à notre vie quotidienne sont souvent bloquées pour des raisons de gros sous.











Lord W says:
Quel dommage que ce soit parfois de bêtes batailles juridiques qui bloquent des technologies prometteuses, ou une force de frappe marketting plus importante qui impose une technologie face à une concurrente plus performante (cf Betamax).
23rd février 2008 at 19 h 02 min