L’Open Source est-il la panacée ?
Pas si sûr.
Récemment j’ai été interloqué par une remarque un peu particulière au niveau d’un commentaire d’utilisateur à propos d’un logiciel gratuit proposé en libre téléchargement.
Cette remarque disait peu ou proue:
« Excellent logiciel, dommage qu’il ne soit pas Open Source ».
Et là, à moi de me demander : En quoi est-ce dommage que le logiciel ne soit pas Open Source ? Est-ce tellement important? En va-t-il de l’avenir de l’Humanité toute entière? Les castors de Patagonie vont-ils en souffrir? MIR s’écrasera-t-elle sur Paris?
La notion même d’Open Source
Pensons aux internautes égarés ne sachant pas de quoi il s’agit.
Littéralement parlant Open Source, ça veut surtout dire que le code source est disponible à tout un chacun. Le code source ce n’est ni plus ni moins que les lignes de codes et tout le « matériel » qui une fois compilés donneront naissance à un logiciel exécutable dans un environnement donné.
Il convient de ne pas confondre Open Source et logiciel libre (Free software ; à opposer au Freeware, le logiciel gratuit). Les deux notions sont différentes bien que l’un peut faire appel à l’autre. En général on peut dire qu’un logiciel libre (Free Software), répondant à cette licence spécifique, est un logiciel ouvert. Car le fait d’adhérer à une licence libre (Free Software licence) implique forcément de laisser accessible le code source, et de libérer le logiciel de ses droits de modifications, exploitation.
Tout cela étant bien sûr contraire au logiciel non-libre, alias propriétaire, dont l’unique droit d’usage est laissé à l’utilisateur final ; que le logiciel soit gratuit ou payant.
Je vais volontairement laisser de coté d’autres notions plus complexes à ce sujet, telles que le bon usage de certaines terminologies, la réalité de telle ou telle licence etc. Plus de détails pouvant être facilement trouvés auprès des organismes responsables de la bonne tenue et du bon usage de ces types de licence. Un bon point d’entrée étant les divers articles à ce propos sur Wikipédia Français ou anglais.
Ce soir c’est Open Bar
Revenons-en à la question initiale : Ne devrait-il n’y avoir que de l’Open Source (ou du logiciel libre) ? Notre utilisateur a-t-il raison de mentionner qu’un logiciel est bien « mais pas Open Source » ?
Question difficile à trancher, mais la réponse n’est certainement pas aussi pragmatique qu’elle en a l’air.
Une chose est sûre: le tout Open Source est hautement improbable , voir même impossible. Car aussi longtemps que l’argent servira à faire tourner le monde (ne serait-ce que pour se nourrir ou se loger), il y aura des gens qui utiliseront la vente de logiciels pour vivre. Or il est difficile de concevoir un logiciel payant ET Open Source.
A vrai dire je ne sais pas si les licences libres interdisent le fait de vendre un logiciel sous ce type de licence. Et quand bien même ce serait le cas, de toute façon vu que la licence autorise n’importe qui à récupérer le logiciel et ses sources (éventuellement les modifier) pour les redistribuer à sa guise, il ne faudrait pas longtemps avant qu’une version gratuite de votre logiciel payant arrive sur le marché.
Ainsi des sociétés dont la raison d’être est de vendre leurs logiciels, verraient d’un très mauvais oeil qu’on les oblige à passer sous licence libre. Ce serait alors toute une source de revenu qui s’envolerait et par là-même tout le fonctionnement de cette société qui serait remise en question, ainsi que de nombreux emplois parmi les développeurs et testeurs.
Avec l’Open Source c’est toute la notion de propriété intellectuelle qui tombe. Alors forcément dans un monde idéal ce genre de notion n’existerai pas, le savoir serait universel et partagé par tous et il n’y aurai pas de possession au sens propre du terme. Malheureusement pour les défenseurs de l’Open Source cette utopie a disparue avec l’évolution de l’Homme au fur et à mesure de sa sédentarisation il y a quelques centaines de milliers d’années. Depuis les pays ont des frontières, les maisons sont entourées de clôtures et quand on possède un bien il est considéré comme nous appartement, quel qu’il soit.
De là à rapprocher l’Open Source de l’utopie communiste il n’y a qu’un pas que je ne me permettrais pas de franchir.
Plus sérieusement, il faut quand même se dire que la notion d’Open Source n’existe qu’en informatique et encore, pour la partie logicielle. Il est intéressant de voir que cela ne concerne que des « biens dématérialisés ». Demande-t-on à un constructeur automobile de fournir tous les plans (et les outils de productions) des modèles en vente ? Un fabricant de CPU doit-il donner à tout le monde les schémas de conception de ses puces, ainsi que les technologies de fabrications? Là bizarrement ça ne semble pas venir à l’esprit des gens, et la notion de propriété intellectuelle est bien intégrée. On sait que ce genre d’infos est « vitale » pour la bonne tenue de l’entreprise, car c’est ce qui lui permet de se protéger de la concurrence… et donc de créer une concurrence générant une évolution: chacun devant développer ses propres techniques, celles-ci se retrouvent en concurrence et donc évoluent plus vite (trop) que si tout le monde se basaient sur les travaux d’une seule entité.
Alors forcément ceci représente des biens matériels, qu’il faut fabriquer et acheter en bonne et due forme. La donne est-elle différente pour un bien immatériel ?
Je ne pense pas qu’il en soit différent. Le problème c’est qu’à ce niveau là les mentalités sont différentes. autant il est facile de télécharger un logiciel (et éventuellement de le pirater), autant se procurer (ou fabriquer) une voiture (légalement ou non) reste un peu plus compliqué ; ben oui, on ne peut pas encore télécharger des biens matériels ou des outils de productions. C’est à mon sens cette notion de facilement accessible et de gratuité à outrance (légal ou non) qui baigne toute une génération d’utilisateurs d’Internet depuis plus de dix ans, qui fait qu’aujourd’hui « on » pense que tout devrait l’être. La musique devrait être gratuite, les films, les jeux vidéos, les Système d’exploitation, etc.
Alors oui, on trouve de la musique gratuite (légalement), des jeux gratuits et bien sûr des OS gratuits. Mais cela ne représente qu’une (petite) partie du système. Et bien sûr ce qui est gratuit n’est pas forcément Open Source, pour en revenir au sujet de base.
A l’heure du choix
Plaçons nous dans le cas du développeur indépendant. Plusieurs choix s’offrent à lui pour la diffusion de son travail:
- Faire payer l’utilisation du logiciel
- Proposer une version gratuite moins fonctionnelle et une version complète (ou plus abouti) payante
- Distribuer gratuitement et permettre l’usage libre de son logiciel (il peut dans ce cas éventuellement demander une participation sous forme de dons)
- Passer sous licence Open Source ou plus.
La première solution sous-entend que le développeur compte tirer profit (histoire de payer le loyer ou arrondir les fins de mois) de son travail. Et si ce travail est de qualité, que la personne s’investit pleinement dans son projet et qu’il répond à un vrai besoin, il n’y a pas de raison que ce ne soit pas récompensé d’une certaine façon. Qui travaillerai gratuitement de nos jours ?
Mais le risque est que le produit ne trouve pas d’acheteur, et que l’aventure s’arrête rapidement.
La deuxième solution, permet de faire connaître le travail de la personne, et d’attirer de nouveaux utilisateurs. Ceux vraiment intéressés par le logiciels seront sûrement prêt à passer à la version payante qui rémunérera le travail du développeur.
La distribution gratuite entend que le développeur ne cherche pas à tirer profit financier direct de son travail. Il pourrait malgré tout le faire sur l’usage de la publicité intégré à son logiciel. Ou alors fait-il ça sur son temps libre, tout simplement.
S’il choisi de distribuer gratuitement mais en y intégrant des publicités, l’Open Source ne peut s’envisager, car là aussi on verrait rapidement une version de son logiciel circuler sans publicité et donc retirer une source de revenu du développeur.
Autrement ça deviendra plus une question de philosophie que technique. Le développeur est-il prêt à donner le fruit de son travail à tout un chacun, au risque que celui-ci soit réutilisé voir détourné par d’autres ?
De même le développeur indépendant peut utiliser la distribution gratuite de son travail comme un excellent Curriculum Vitae. De cette manière il peut espérer attirer vers lui un éventuel futur employeur ou associé. Si son logiciel se retrouvait noyé parmi pleins de solution Open Source reprenant son travail il lui serait plus difficile de justifier de son implication personnelle. Même si cela reste possible bien sûr, mais je pense que cela réclame un minimum de reconnaissance parmi les communautés Open Source et n’est pas à la portée d’un « petit » développeur junior comme on dit dans le milieu.
La licence Open Source est donc bien une solution si le développeur a une vision pragmatique de la chose, qu’il fait son travail uniquement pour satisfaire un besoin technique et n’entend tirer aucun (ou bien moins) profit personnel de son travail.
Après le petit, les gros
Si l’on sort du cas de développeur indépendant il y a plusieurs type d’entités pouvant se pencher sur l’Open Source suivant les conditions.
C’est le cas de certaines grosses sociétés commerciales. A coté des produits commerciaux et donc payant, de plus en plus vont aller sur le terrain de l’Open Source. En cela plusieurs raisons, une des principales étant à mon sens politique. Car c’est toujours bien vue de l’extérieur de voir une entreprise commerciale se joindre à ce mouvement. Ça peut donc être un moyen de changer l’image de la société, un petit peu de marketing si on préfère. Il peut bien sûr y avoir une raison technique qui est de profiter de l’immense potentiel de la communauté Open Source pour développer des technologies à moindre frais (ce sont des gens qui ne seront pas payé malgré tout le travail qu’ils auront fourni). Les travaux ainsi effectués pouvant alors servir de base pour lancer des solutions commerciales gravitant autour de ses technologies.
Prenons l’exemple des suites bureautiques. Le format de fichier Open XML de Microsoft vient d’être fraîchement accepté en tant que norme ISO. Ce format de fichier n’est donc plus la propriété de Microsoft et son développement n’est plus de son ressort. Pourtant c’est celui-là qui dictera les évolutions de la suite commerciale Microsoft Office. Exemple simple montrant comment une technologie « Open » peut servir à un développement commercial.
Les sociétés commerciales ne sont pas les seuls, l’Open Source est un univers rempli d’entités à but lucratifs, ou non. Comme certaines fondations telles que la Fondation Mozilla qui se charge du développement du nagiteur web du même nom, ou bien sûr la Free Software Fondation qui régit les principes même des licences libres.
Bienfaits et méfaits de l’Open Source
Tout n’étant blanc ou noir, l’Open Source a ses avantages et ses inconvénients.
Un avantage certains c’est de permettre à toute une communauté de participer au développement d’un programme. Mais cela peut aussi devenir un inconvénient, car chacun peut avoir sa propre vision de la direction dans laquelle doit aller le développement du logiciel. Et sans une forte entité apte à diriger tout le monde dans la même direction (Par ex la Fondation Mozilla), on peut vite se retrouver avec des projets ayant la même base mais proposant des solutions différentes pour une usage similaire. J’ai tendance à penser que c’est ce qui gangrène le monde de GNU/Linux. Ne serait-ce que par la multiplications des distributions GNU/Linux qui peut rendre compliqué le choix de l’utilisateur si un jour il décide de s’y lancer.
C’est aussi par exemple ce qui s’était passé lors de l’apparition des bureaux en 3D sous GNU/Linux avec la séparation entre les projets Compiz et Beryl … avant leur réunification sous Compiz Fusion.
L’autre avantage c’est qu’un (bon) projet ne peut pas s’arrêter sur le simple fait que l’initiateur du projet en a arrêté le développement pour des raisons X ou Y. Encore faut-il qu’il y ai quelqu’un pour reprendre l’affaire. Il ne faut pas non plus croire que parce qu’un logiciel est Open Source, il va forcément avoir un suivi at viteam eternam. Je pense qu’il doit exister pas mal de très bon logiciels Open Source qui mériteraient que des développeurs compétents s’y attaquent. Mais comme on ne peut pas être partout, sur tout, et que n’est pas développeur compétent qui veut, il y a forcément des laissés pour compte. Un projet commercial de qualité pourrait toujours essayer de trouver un repreneur en tentant de se vendre à une nouvelle entité, ou en créant des associations. Sans le soutient de la communauté un logiciel Open Source n’ira pas loin si l’initiateur réduit son implication. Je pense qu’on est forcément un peu plus impliqué quand on met en jeu autre chose que le simple fait de concevoir un bon logiciel répondant à un besoin. L’implication financière va motiver son concepteur à porter son projet le plus loin possible, à contrario sur une solution Open Source on aura peut-être plutôt tendance à se reposer sur l’existence de la communauté pour espérer que quelqu’un en reprenne la suite. Combien de travaux de qualités sont-ils tombés dans l’oubli de la sorte ? Difficile à dire mais cela m’étonnerai que cela n’existe pas.
L’Open Source c’est bien, mais pas pour tout et n’importe quoi
Donc oui, l’Open Source c’est une bonne chose et cela doit exister, mais je pense vraiment que certains devraient réfléchir un minimum (quand bien même la nature leur aurait donné les facultés pour cela) avant de critiquer un logiciel sur le simple fait qu’il ne soit pas Open Source. D’une part parce que je trouve que c’est une insulte au travail du/des développeur(s), qui n’en est/sont pas moins compétent(s) pour autant. Et ensuite parce que je suis persuadé que ceux qui émettent ce genre d’avis sont la plupart du temps incapable de coder un jeu du pendu, et n’ont donc pas la moindre idée de quoi ils parlent.
Il faut arrêter de demander à Microsoft de publier le code source de Windows, c’est une hérésie pure et simple, quant au petit développeur qui propose un logiciel gratuit mais non libre, et bien qu’à cela ne tienne, il a certainement d’excellentes raisons pour cela.











Philippe says:
Bref, Microsoft sont les meilleurs.
Etait-ce la peine d’en faire 10 pages ?
20th avril 2008 at 10 h 16 min
Le_Poilu says:
Interessante remarque. Donc selon toi tout ce qui n’est pas Open Source est Microsoft ?Joli raccourci qui veut que dès qu’on parle du « non Open-source » alors on fait l’apologie de Microsoft. Ridicule…
20th avril 2008 at 11 h 28 min
Nightbringer says:
Magnifique article qui a le mérite de mettre enfin les pieds dans le plat

Non l’open source n’est pas solution à tout, l’open source n’est pas non plus une religion.. Quelle différence au finale pour l’utilisateur entre un logiciel gratuit et un logiciel open source? Un principe? Si vous voulez, en tout cas à l’usage le résultat est le même. @philippe: en un sens, oui
même si ouuh les méchants ils ne font rien en open source et ils osent faire payer leurs logiciels que memelepluspourrideslinuxilestbienmieux, ils ont quand même réussi à pondre des OS bien plus user friendly que les différents disrtibs linux, et plus ouverts que macOS. XP était convaincant, vista moins si on considère l’évolution par rapport à XP, mais ca reste quand même un excellent OS simple et agréable à utiliser, et relativement à jour pour le reste. Et puis plein de logiciels gratuis mais on libres existent, qui sont tous utiles, et je m’en fiche totalement qu’ils ne soient pas open source. Bravo au poilu qui ose exprimer quelque chose qui devient d eplus en plus mal vu sur le net….
20th avril 2008 at 15 h 27 min
AdminOfPlaygroup says:
Très bon article, synthétique et complet.
Comme d’habitude.
20th avril 2008 at 20 h 19 min
Tortue Géniale says:
Merci pour cet excellent article. Personnellement j’y ai appris pas mal de choses!
20th avril 2008 at 10 h 31 min