Et si pour une fois on ne faisait pas de l’anticipation, mais son contraire ?
Imaginez-vous retourner 10 ans en arrière, mais avec dans vos poches des objets « high-tech » d’aujourd’hui. Voilà un bon moyen de mesurer le fossé qui se creuse chaque année avec notre propre passé technologique, et peut-être nous donner une idée de ce qu’on n’ose pas imaginer pour dans 10 ans.
Amenons un peu de troisième millénaire au XXème siècle …
Moi et mon sac de tous les jours
HOP! Petit effort d’imagination et me voilà projeté tel quel 10 ans auparavant, avec sur moi les objets de mon quotidien.
Commençons par lister ces objets justement. En ce moment dans mon sac on trouvera:
- Un téléphone portable Samsung U600
- Une oreillette Bluetooth Samsung
- Un baladeur Microsoft Zune 80Go
- Une clé USB 2Go
Apriori rien de révolutionnaire et on se dit que ces objets avaient déjà leurs équivalents il y a dix ans. Effectivement, téléphones portables, baladeurs et mémoires flash existaient déjà. Le Bluetooth quand à lui était en pleine gestation comme nous le verrons par la suite. Commençons par la clé USB.
Clé USB et mémoire flash
1998 est l’année de l’USB 1.1 . Ce protocole est alors tout neuf et encore loin de remplacer les ports parallèles et série RS-232 sur les PC d’alors.
L’USB date plus exactement de 1995, mais il faudra attendre sa spécification 1.1 (corrigeant certains problèmes) pour qu’une adoption généralisée s’engage. Apple fut parmi les premiers à proposer l’USB comme port principal sur son iMac en Mai 1998 ; clavier et souris utilisant ce port ; délaissant les ports PS2, RS-232, et parallèle.
Je ne devrais donc pas avoir trop de soucis avec ma clé USB. La norme existe et même si ma clé répond aux caractéristiques de l’USB2.0 High-speed, la rétrocompatibilité est assurée (normalement).
Je pense que j’aurais plus de problème à trouver une machine équipée d’au moins un port USB ayant un système d’exploitation capable de bien le gérer, qu’autre chose. En-dehors des iMac mentionnés au-dessus on avait surtout à disposition du Windows 95. Windows 98 n’arrivant qu’en juin 1998 il faudra attendre pour le voir se répandre suffisamment. Et sauf à avoir du Windows95 OSR, la gestion de l’USB était pour ainsi dire… inexistante. Et je ne parle pas de Linux qui réclamait encore un certain savoir faire et qui était encore moins diffusé.
Ce qui risque de paraître bizarre c’est la capacité de ma clé, et sa toute petite taille. A peine plus grosse que son connecteur USB, avec ses 2Go de capacité, j’aurai là de quoi rivaliser avec les récents graveur DVD (4.7Go) encore hors-de-prix. La mémoire flash existait déjà, mais pour des petites capacités à des prix sans aucune commune mesure à ce que nous connaissons aujourd’hui. Les clés USB elles-mêmes n’étaient pas très répandues (existaient-elles?), la mémoire Flash s’invitait surtout dans des cartes type CompactFlash (existant depuis 1994).
Pour donner un ordre d’idée, ce n’est qu’en 1999 qu’IBM lance son Microdrive (mini-disque dur au même format que la CompactFlash) ayant une capacité record de … 170Mo, ce qui était énorme pour quelque chose de cette taille (et je ne vous parle pas du prix auquel ils le vendaient!).
Bon, là le saut technologique n’est pas encore trop important et ce mesure surtout en chiffres. Je risque juste de ne pas du tout pouvoir me servir de ma clé faute d’équipement pour la brancher.
Passons à quelque chose qui risque d’impressionner un peu plus les gens de 1998… le téléphone portable.
Téléphone portable
Mon téléphone portable n’a rien de bien extraordinaire de nos jours, un Samsung U600 ne fait pas parti des modèles les plus « high-tech ». Mais son design recherché, son grand écran couleur et surtout son extrême finesse en font un bel objet du troisième millénaire qui risque de surprendre en 1998.
Afin de mieux comparer mon U600 à ses ancêtres voyons ses caractéristiques détaillées:
Dimensions : 103.2 x 49.3 x 10.9 mm
Poids : 81grammes
Ecran : 262 144 couleurs de 240×320 pixels sur 2.2″
Mémoire interne : 60 Mo
Extension mémoire : Carte Micro-SD (jusqu’à 4Go)
Autonomie : 250h en veille, 3h30 en communication
Appareil photo : Autofocus 3.2MPixel (2048×1536) + Flash + Mode vidéo
Sonneries Polyphoniques 64 tons et MP3
Lecteur MP3
Tuner FM
Support du JAVA2.0 (jeux)
Réseau : Quadri-Bande – EDGE – GPRS
Navigateur WAP 2.0
SMS – MMS – Email
Bluetooth
Infrarouge
+ toutes les petites fonctions dont dispose le moindre téléphone aujourd’hui (agenda, etc. )
Maintenant j’invite ceux qui possédaient un téléphone portable en 1998 à essayer de se souvenir de ce qu’ils avaient à cette époque.
Pour ma part il s’agissait d’un Ericsson GA628, quelque chose qui ressemblait vaguement à une brique en plastique noir avec une grosse antenne sur le dessus… et des gros boutons faisant « Plic Plic ». Ce téléphone remplissait bien sa fonction première (téléphoner) mais ne proposait clairement pas le quart du dixième des fonctionnalités de mon U600 actuel. Le GA628 n’était pas non plus ZE top de l’époque mais le choix était beaucoup moins vaste et il figurait malgré tout parmi les « bons » téléphones à avoir.
Voici ses caractéristiques:
Dimensions : 130 x 49 x 28 mm
Poids : 160 grammes
Ecran : Monochrome, Alphanumérique 1 ligne de 12 caractères + icones fixes
Sonneries : Monophoniques, 11 sonneries différentes
SMS
Autonomie : 83h en veille – 125min en conversation
Et c’est tout … Même pas de vibreur. Seule petite fantaisie : la possibilité de changer le panneau frontal sous les touches, pour une autre couleur ou un panneau « personnalisé ».
On constate qu’en matière de dimensions c’est surtout l’épaisseur qui a évoluée. L’U600 est trois fois moins épais que le GA628. Même s’il faut se dire que le Samsung fait parti des plus fins de sa génération, aujourd’hui les différences entre téléphones à ce niveau se jugent en millimètres. L’épaisseur du GA628 était essentiellement due à sa batterie, une vrai bosse de chameau. Mêmes causes et donc mêmes conséquences pour la différence de poids, on a un U600 deux fois plus léger en partie grâce aux progrès réalisés sur les batteries.
Inutile de faire un dessin, l’écran du U600 et l’afficheur du GA628 viennent définitivement d’époques différentes. Là on se prend un sacré coup de vieux, et pourtant c’était il y a seulement dix ans.
Imaginez un peu la tête des gens de 1998 si je sortais mon U600, surtout avec son design type Slide-Up! Même dans les films de science-fiction les héros n’avaient pas droit à ça. Ce qui est bien c’est que je pourrais prendre en photo (ou même en vidéo) leurs airs hébétés, ce qui ne manquera pas de les achever.
En matière de téléphonie pure et dure la qualité de retranscription du son a aussi beaucoup évoluée, mais pour cela le téléphone n’est pas seul intervenant, le réseau a son importance. Les équipements d’alors ne permettaient pas la même qualité qu’aujourd’hui.
Un problème risque néanmoins de se poser : l’incompatibilité de ma carte SIM avec les réseaux de l’époque. De part ses capacités GSM quadri-brandes, nulle doute que je pourrais l’utiliser, mais il faudra me procurer une carte d’abonnement de l’époque. Et là je risque d’en surprendre quelques uns : mais sachez qu’à l’époque les SMS étaient gratuits! Oui Oui! Gratuit et compris dans le forfait… A condition d’avoir quelqu’un à qui envoyer les fameux SMS. Ce qui était loin d’être évident. Les téléphones portables n’étaient pas le produit de large diffusion que l’on connaît aujourd’hui, les réseaux ne couvraient que les grandes villes et les fonctions SMS n’était pas disponibles sur tous les modèles de téléphones.
Pour ceux que ça intéresse sur le pourquoi du SMS gratuit, il faut savoir que ce service utilise les mêmes infrastructures mises en place pour les réseaux GSM. Plus exactement la transmission d’un SMS se fait via le canal permettant l’établissement d’une communication. Il suffisait d’avoir deux téléphones compatibles et quelques ajustement mineurs chez les opérateurs pour pouvoir en profiter. Mais le succès aidant, les opérateurs ont vu là une belle manne financière. Autant il est compréhensible que l’explosion exponentielle de l’usage du SMS a obligé les opérateurs à investir dans des infrastructures dédiés à cette charge de travail, autant il est clair que le cout du SMS n’est pas indexé sur le cout des investissement, mais sur celui du potentiel financier que cela représente. Mais bon passons, là n’est pas le sujet.
Je ne vais pas détailler chaque nouvelle fonction, on aura compris que ce sont deux époques qui n’ont rien à voir. Mais il est tout de même un accessoire sur lequel je vais m’arrêter: mon oreillette Bluetooth.
Les oreillettes Bluetooth
Le Bluetooth a été inventé en 1994 par des ingénieurs de la firme Suédoise Ericsson (qui n’était pas encore associé à Sony à ce moment là). Mais ce n’est qu’en … 1998 que d’autres sociétés vont se réunir pour former le Bluetooth Special Interest Group (SIG). La technologie existait donc mais était encore loin de la commercialisation de masse. La spécification 1.0 sera dévoilée en 1999, exit donc le Bluetooth lors de mon passage dans le passé, seuls quelques technophiles en connaitront l’existence future et ses promesses d’un monde merveilleux sans fil..
On a vu précédemment que les téléphones portables étaient vraiment rudimentaires. On peut donc rapidement exclure toute existence d’un équivalent à ma petite oreillette. A l’époque il n’y avait guère que les téléopérateurs (les gens dont le métier est de parler que téléphone) pour disposer de casques type main-libre, et cela se faisait avec des fils reliant le casque au combiné. Pour trouver un équivalent à ma petite oreillette il faut regarder du coté de .. Star Trek ! James Bond peut retourner à son tricot je suis mieux équipé que lui.
On passait déjà pour bizarre quand on parlait dans la rue à un téléphone pourtant visible, je n’ose imaginer le regard des gens sur moi avec cette toute petite chose dépassant à peine de mon oreille (heureusement elle est rouge). Quoi que, c’est encore vrai aujourd’hui, ça pas contre ça n’a pas évolué trop vite.
Baladeur Jukebox MP3
Le format de fichier MP3 (MPEG-1 Layer III) existe depuis 1992, mais en 1998 les baladeurs MP3 n’existent pas encore, ou presque pas. L’audio portable se compose essentiellement des bonnes vieilles cassettes (Walkman ™, etc.), des CD-audio (Discman ™ & Cie), et du MiniDisc de Sony (les DAT et DCC n’ayant eu qu’un succès d’estime).
C’est justement en 1998 que les premiers baladeurs MP3 sont mis en vente (Asie et USA), dont le « célèbre » Rio PMP300 de Diamond. Un baladeur de 32Mo avec slot d’extension (16Mo via une carte mémoire flash). C’est ensuite au tour d’Archos puis Creative de proposer leurs produits l’année suivante. Mais on restait là dans des produits de niche, aux capacités relativement faible vu leurs prix. Pour information le premier iPod n’arrivera qu’en 2001 avec ses deux versions 5 et 10Go.
Me voilà donc en 1998 avec un Microsoft Zune de 80Go dans les mains! Le choc risque d’être encore plus grand qu’avec le téléphone portable, vu qu’il n’y a aucun produit comparable sur le marché. Pour connaître les caractéristiques du Zune je vous invite à lire le récent test que j’ai publié.
Commençons par la partie la plus visible de l’objet: son écran. D’une diagonale de 8.1cm pour une résolution de 320×240 pixels, il offre une qualité d’image qu’aucun écran plat de l’époque ne peut proposer. En 1998 le monde est encore dominé par les tubes cathodiques, et les moniteurs de PC grand public sont au maximum des 19″ encore bien bombés. Avec ses 320×240 pixels sur une taille de 8.1cm le Zune offre une définition bien meilleur que bon nombre de téléviseurs d’alors. En effet les téléviseurs CRT tournaient plutôt sur des résolutions de l’ordre du 640×480, quelques modèles atteignant les 800×600 (on est encore loin de la déferlante « HD »), mais sur des diagonales allant de 36 à 72cm en moyenne. On double le nombre de pixels, pour une surface minimum trois fois plus grande. Si on rapporte le nombre de pixel par unité de surface c’est d’autant plus flagrant. Un rapide calcul donne une surface d’écran de 37.47cm² pour le Zune, une TV de 55cm de diagonale (une bonne moyenne pour l’époque) aura quant à elle une surface de 1728cm². Considérons toujours une TV moyenne, donc une résolution de 640×480 ça nous donne 307200 pixels contre 76800 pour le Zune. Au final on a 2049 px/cm² sur le Zune et seulement 177px/cm² sur la TV! Soit un rapport de 11 pour 1 en désavantage de la TV… résultat sans appel.
Je passe rapidement sur le Touchpad, le petit pavé directionnel et tactile du Zune. Les ordinateurs portables de l’époque disposaient déjà d’un équivalent (introduit par Apple en 1994 sur le Powerbook 500). Cela risque surtout d’en amuser certains plus qu’autre chose.
Là où mon Zune risque de faire forte impression c’est au niveau de sa capacité de stockage: 80Go! Il y a moins de cinq ans ça aurait été un record (pour un appareil portable), mais il y a dix ans, je vous laisse imaginer. En 1998, IBM mettait sur le marché le Deskstar 25 GP d’une capacité « record » de 25Go. Et personne ne savaient comme remplir ces 25Go… Pourtant mon Zune de 80Go est quasiment rempli pour moitié.
Grace à cet appareil tenant dans la main je pourrais montrer aux gens que je croise des photos prises en 2008 avec un APN (Appareil Photo Numérique) de plusieurs MegaPixel. Ca tombe bien vu que c’est justement à cette même période (1997-1998) que le marché des APN entamera sa véritable croissance.
Que dire alors de la lecture de fichiers vidéos. Mon Zune est chargé de bon nombre de vidéos provenant du Podcast vidéo de la chaine TV Discovery Channel, et ces vidéos sont d’excellentes qualités. Déjà que l’audio numérique portative était très peu répandue, il était encore moins pensable que de pouvoir bénéficier d’un lecteur vidéo de cette qualité tenant sans problème dans une poche. La sortie mini-jack du Zune est relativement standard, même en 1998 je n’aurai aucun mal à trouver un câble audio/vidéo (prises cinch) me permettant de brancher l’appareil sur une TV. Sortant une résolution de 720×576, j’ai là l’équivalent des platines DVD de l’époque tenant dans ma main, il me manquera juste le Dolby Digital 5.1.
Il est inutile que je m’attarde sur les fonctionnalités WiFi du Zune, j’ai autant de chance de trouver un réseau Wifi qu’un autre Zune en 1998. Et sans autre Zune, le WiFi ne me servirait à rien vu qu’il me faudrait un PC avec le Zune software (probablement totalement incompatible Windows95/98) pour la synchronisation, déjà que l’USB est une denrée rare. Mon Zune restera donc isolé du monde en 1998.
Isolé, enfin presque, car il reste le tuner FM grâce auquel je pourrais écouter les émissions d’époque et me remémorer que… je n’écoutais déjà quasiment jamais la radio.
Exploitons le sujet au maximum
Bien que je puisse me considérer comme technophile, je ne suis pas du genre à posséder à tous prix le dernier équipement high-tech. On a déjà vu le gouffre séparant mon équipement avec l’année 1998. Je ne peux dès lors pas m’empêcher de vouloir projeter un jeune cadre dynamique tendance Geek et compte en banque fourni dans cette même année 1998. Pour faire les choses bien on va l’équiper des trucs les plus « hype ». Notre geek sera alors au minimum équipé d’un iPhone ou d’un iTouch, mais aussi d’un smartphone denier cri (type HTC). Sa mallette abritera éventuellement un portable 17″… voir un MacBook Air, à moins que son activité professionnelle réclame l’usage d’un Tablet PC. Pour passer le temps dans le métro il lui faut au moins une Nintendo DS lite (j’en possède aussi une, mais j’avoue l’avoir rarement sur moi), ou une Sony PSP.
Avouez qu’avec tout cet attirail notre cobaye ferait forte impression en 1998. Réfléchissez deux minutes aux caractéristiques techniques de tous ces équipements et rapportez les à tout ce que j’ai déjà mentionné … ça donne le vertige n’est-ce pas ? Et ce n’est que de Dix ans dont on parle là !
1998 l’année charnière ?
Ce qui m’a le plus étonné en rédigeant cet article c’est de constater à quel point cette année aura pu marquer un tournant dans le monde du High-tech. Est-ce un hasard ? Ou simplement le fait que dorénavant chaque année verra son lot d’innovation ?
Que ce soit l’apparition des premiers baladeurs MP3, de la généralisation des ports USB sur les PC/Mac, de la création du Bluetooth, de l’envole des capacités de stockage ou de l’avènement des APN, on se rend vraiment compte à quel point les choses se sont accélérées à la fin des années 90.
Et dire que tout cela ne montre aucun signe de ralentissement, au contraire. Bien malin sera celui capable d’imaginer de quoi sera fait notre quotidien en l’an 2018. Quels objets utiliserons-nous et pour quels usages restant à inventer ?
Rendez-vous dans 10 ans, à moins que d’ici là je ne croise un voyageur du temps ayant dans ses bagages des appareils de 2018.











Fenix says:
Vraiment sympa, le petit voyage temporel comparatif
25th juin 2008 at 11 h 29 min
Lord W says:
On aura l’air bien ridicule dans 10 ans avec nos téléphones portables, nos DS ou PSP, nos Zune, et autres gadgets d’aujourd’hui
25th juin 2008 at 23 h 28 min