Comment peut-on encore appeler ça un « sport », alors que toutes les valeurs qui découlent de cette notion s’effritent au fil du temps.
Le sport automobile en Europe (et au niveau mondial) est représenté par trois grandes catégories : La monoplace, le rallye et les courses type Tourisme/Endurance/GT.
Chacune de ces catégories dispose d’une tête de file au niveau mondial et médiatique (et donc normalement représentative) que l’on connaît tous pour au moins deux d’entres eux: La Formule 1 pour les monoplaces, le WRC (World Rally Car) pour le Rallye.
Pour ces deux là, ce week-end aura signé l’arrêt de mort de la notion même de sport dans ce qui sont les disciplines reines du Sport Auto chez nous.
Commençons par le Rallye.
Depuis quatre ans un petit frenchy a la vilaine tendance de tout écraser sur son passage… au volant d’une voiture tout aussi française. Cocorico! Sauf qu’il semble bien que ça ne plaise pas à tout le monde. Résultat la FIA change les règles avant la saison 2008 par peur que notre champion national ne remporte trop facilement la victoire. Son principal adversaire d’alors prenant sa retraite, ça fait plaisir pour les autres qui sont de toute évidence considérés par la FIA comme insuffisamment compétitifs.
L’un des principaux changements de règles entre les deux saisons aura été de désavantager le pilote en tête d’un Rallye disputé sur terre. Oui ! Désavantager, le mot est dit.
Jusque là sur les rallyes terre, le premier jour le leader du championnat ouvrait la route, mais les jours suivant le départ se faisait dans l’ordre inverse du classement des 15 premiers du rallye en cours. Donc les pilotes qui ne jouaient pas la victoire générale balayaient la piste, et les premiers pouvaient se battre à armes égales.
En 2008 on change tout, les deuxième et troisième jours se courent dorénavant dans l’ordre du classement. Le premier en fin de la première journée partira premier le lendemain, etc. Forcément si ce ne sont plus les autres qui nettoient la piste, c’est le leader de la course. Et quand on dit « nettoyer » la piste, le mot est faible tant il est connu et reconnu qu’il s’agit d’un vrai handicap.
On pourrait se dire que ça reste du sport et que cela concernera n’importe quel prétendant au titre qui tôt ou tard se retrouvera dans la situation… Sauf s’il n’a pas envi et qu’il fait tout pour ne pas ouvrir la piste le lendemain. C’est ainsi qu’au fil de la saison WRC on a vu des pilotes ralentir volontairement pour ne pas terminer une journée en tête. Ils l’ont tous fait, même notre champion national a du s’y résoudre malgré lui.
Le Sport s’est pris une belle baffe dans la gu##le durant cette saison WRC avec ses stratégies qui vont à l’encontre même de l’esprit du WRC. Ralentir pour gagner j’applaudi bien fort! Imaginez Zidane qui mettrait un but contre son camp par pure stratégie … ben c’est un peu pareil.
Mais le dernier rallye en date, le tour de Corse, aura été encore pire.
Du fait que l’écart de points attribués à l’issue d’une course, entre premier et deuxième ai été réduit à 2 points (1r = 10pts, 2me = 8pts, etc.)*, on se retrouve avec un premier qui malgré 10 victoires sur 13 courses disputées n’a « que » 14 points d’avances. Le second n’ayant gagné que 2 manches du championnat. Je ne savais pas que le rallye était une course d’endurance avec prime au plus constant.
Et là aussi cela entraine des dérives antisportives. Ce week-end en Corse, le deuxième du championnat était classé quatrième de la course avant la dernière spécial. Quatrième à plus de trois minutes, sachant qu’on peut considérer qu’une trentaine de secondes d’avance sur l’asphalte c’est une avance confortable… alors trois minutes vous imaginez ! Mais bizarrement au classement final il pointe … deuxième, et toujours à plus de trois minutes. Comment se fait-ce ? Facile, parmi les deux voitures qui le précédaient l’un est son coéquipier, l’autre pilote d’une écurie cliente du constructeur en question (ils ont la même voiture, mais ne sont pas dans la même équipe). Ces deux là ont tout simplement fait en sorte de prendre chacun une pénalité de x minutes, les rétrogradant au classement et permettant au petit protégé de retrouver la deuxième place de la cours. Limitant ainsi l’hémorragie de points aux championnats à deux courses de la fin.
C’est beau le sport n’est-ce pas ?
*Ceci devant permettre de resserrer les positions au championnat, et empêcher l’attribution d’un titre (mérité?) avant la fin de saison. Cette même mesure avait été appliquée à la Formule 1 lorsqu’un certain pilote Allemand dominait un peu trop les débats.
Pourquoi pas, sauf que cela provoque des effets on ne peut plus pervers pour l’esprit du Sport comme nous allons le voir.
Le cas Formule 1
Autant le dire tout de suite, en Formule 1 le Sport a de moins en moins sa place. Les pilotes ont déjà beaucoup de mal à se doubler et quand ils tentent de le faire ils risquent plus souvent d’être sanctionnés après coup qu’autre chose… Enfin sauf pour ceux qui pilotent une voiture rouge… (Comprendra qui voudra).
Là aussi la saison 2008 aura montré que quand la FIA ne veut pas que quelqu’un gagne, elle n’a pas de scrupule. Je ne suis pas spécialement fan de machin ou bidule (je suis même le premier à rigoler des erreurs du jeune machin), mais un moment il faut arrêter les co##ries et les pénalités à la noix basées sur des règlements douteux (cf GP de Spa-Francorchamps).
Le pompon aura été pour le GP du Japon ce week-end.
Imaginez : un pilote A sort des stands en bout de ligne droite, virage suivant à droite, il arrive chargé en essence, pneus froids etc. Au même moment arrive un autre pilote B lancé. Les deux font leur course, et ne sont pas directement à la lutte, ni pour cette course, ni pour le championnat. Par contre, autant A fait une excellente course avec une très bonne performance pour une équipe qualifiée de modeste, autant B est censé jouer le championnat mais de part ses errances sur la piste fait une course à la limite du pathétique. Il se trouve que B tente un dépassement un peu limite sur A, le coince et finalement provoque l’accrochage. A ne pouvait rien faire d’autre, sauf s’arrêter complètement et laisser passer B … incompatible avec l’idée que l’on se fait d’une course de Formule 1. A savoir qu’au classement de la course A était plusieurs places devant B, et B aller s’arrêter au stand quelques tours plus tard. La manœuvre était donc purement inutile.
Suite à l’accrochage, A continu sa course et fait une excellente performance au final. B fera un tête-à-queue, qui s’ajoute à d’autres erreurs lors de cette course et qui lui vaudront une place finale hors des points. Je rappel qu’il joue la gagne au championnat, et fait important, il roule dans une voiture rouge (si si c’est important!). Fait de course serait-on tenté de dire. OK, jusqu’à ce que, après la course, les commissaires de courses imposent une pénalité au pilote A, le déclassant de 25sec, l’excluant des points (importants pour le résultat de sa petite équipe!) et par la même remettant B dans les points et la course au titre, comme par hasard.
C’est beau le sport non ?
Le super-tourisme aussi
Certains connaissent peut-être le championnat WTCC (World Touring Car Championship).
Il s’agit de courses sur circuits au cours desquelles une bonne vingtaine de pilotes d’affrontent au volant de voitures très semblables à des voitures de production.
Particularités:
Une manche de championnat se fait en deux courses « sprint » (une vingtaine de tours, pas de ravitaillement) après une séance d’essais qualificatifs. Première chose : pour le départ de la deuxième course les huit premiers de la première course partent en ordre inversé. Le premier partira huitième, le huitième partira en pôle position, etc. Bon pourquoi pas, l’idée est de faire du spectacle avec des courses en meute. Mais bon tant qu’à faire il n’y a qu’à faire des circuits en ovale, des grosses voitures en carrosserie fibre de verre avec des gros V8 de 800ch… Ah on me dit que ça existe déjà et que ça s’appel le Nascar.
Autre joyeuseté de la discipline. Plus on gagne et plus on est pénalisé. Les meilleurs de la discipline se voient gentiment attribuer un leste à mettre dans les voiture. Leste qui va forcément avoir un impact sur les performances des voitures (accélération, tenue de route, freinage). Alors même que le règlement technique ne laisse pas beaucoup de liberté et que les performances des voitures sont très proches… enfin presque.
Presque car depuis peu un des constructeurs s’est lancé dans l’idée de faire courir des poêles à mazout. Après les courses d’endurance, le super-tourisme est aussi victime de la « diésélisation » du monde automobile. Malheureusement les équivalences techniques essence-diesel sont loin d’être au point. On assiste donc à des processions de chaudières au fuel selon les configurations de circuit… bref la dure loi du sport…
Pour en revenir au leste : on est clairement dans une situation où l’on n’a pas le droit de gagner trop. Imaginez qu’un coureur ou un nageur du 100m doive mettre une ceinture de plomb au bout de deux victoires, impensable, et pourtant en « sport auto » c’est bien le cas. Celui qui a un trop bon coup de volant est pénalisé pour la « beauté du spectacle ».
Conclusions : Faites du sport… mais pas auto.
La course automobile a quitté le domaine du sport, pour rejoindre ouvertement celui du spectacle orchestré par deux-trois milliardaires. Malheureusement ce n’est pas faire honneur aux qualités et au dévouement des premiers concernés : les pilotes. Car quelque soit la discipline, eux ce sont de véritable sportifs accomplis. Aussi bien au niveau de l’engagement physique que de l’esprit de compétition qui les anime.
Comme d’habitude ceux qui tuent le sport sont ceux qui ne le pratiquent pas…











chicour-59 says:
Très bon article.
LA conclusion resume parfaitement ma vision du sport auto
13th octobre 2008 at 19 h 55 min
Philippe says:
Le sport en général est mort ? J’exagère mais à peine …
13th octobre 2008 at 14 h 13 min
made says:
Et le petit Français du Rally semble bien parti pour continuer à enfiler les victoires et les titres !
13th octobre 2008 at 14 h 51 min